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BTP Côte d’Ivoire – construire, construire… À tout prix ?
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BTP Côte d’Ivoire – construire, construire… À tout prix ?

by BATIRICIseptembre 1, 2021
À Abidjan, 80 % des immeubles sont construits sans permis. Les effondrements ne sont pas rares et les pertes en vies humaines non plus. L’État manque de moyens pour juguler le phénomène. Des annonces de construction de logements sociaux laissent présager des jours meilleurs.

BATIRICI | Source, Jeune Afrique

Sillonner Abidjan, c’est être frappé par le bouillonnement immobilier qui agite la capitale économique ivoirienne de plus de 5 millions d’habitants. Depuis les voies rapides qui traversent les communes huppées, on aperçoit ces nouvelles zones résidentielles de standing destinées aux classes moyennes et supérieures.

Dans les quartiers les plus populaires et à la périphérie de la ville, les constructions, moins modernes et moins luxueuses, là aussi se multiplient. Depuis 2011, le marché immobilier ivoirien connaît une croissance de 18 % par an alimentée par l’urbanisation croissante du pays.

Selon la Banque mondiale, 52 % des Ivoiriens vivent actuellement en ville contre seulement 39 % en 1988. Cette tendance s’accompagne d’un phénomène préoccupant : la multiplication des effondrements de ces constructions dont 80 % sont bâties sans permis de construire et au mépris de toutes les règles en vigueur.

Vingt et un effondrements

Entre 2016 et 2020, le ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme en a comptabilisé vingt-et-un, onze pour la seule année 2020. En mars dernier, c’est un immeuble en construction de cinq étages situé dans le village d’Anono, sur la commune de Cocody à Abidjan, qui n’a pas tenu, causant la mort de treize personnes dont sept enfants. Quelques jours avant ce drame, trois balcons s’étaient détachés d’une façade toujours à Cocody, sans faire de victimes.

Malgré un renforcement ces dernières années de son cadre législatif, avec notamment l’obligation pour les promoteurs de faire appel à un architecte et à un ingénieur-conseil pour les bâtiments de plus de deux étages, la Côte d’Ivoire peine à contrer efficacement ceux qui choisissent l’illégalité.

Première difficulté : « un manque de moyens humains et logistiques », qui limite le nombre de contrôles et que ne cache pas le ministère. « En octobre 2020, nous avons recruté 124 contrôleurs supplémentaires et investi dans une centaine de motos afin qu’ils puissent se déplacer sur le terrain. Auparavant ils n’étaient qu’une trentaine sans aucun moyen de mobilité. Mais cela reste insuffisant pour une ville comme Abidjan », admet le ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Bruno Koné.

« Pour l’anecdote, plusieurs jours par mois, je me mets au volant d’un véhicule banalisé. Je cible des immeubles, surtout ceux dont l’élévation paraît suspecte, et je demande des comptes », confie-t-il à Jeune Afrique.

Un temps évoqué, l’idée de mettre en place une plateforme coopérative de contrôle incluant les services du ministère et les communes du district d’Abidjan n’a jamais abouti.

Simplifier la procédure

Si leur nombre augmente, encore faut-il que les contrôles soient efficaces et réguliers. Face aux soupçons récurrents de corruption des agents de l’État accusés d’arrangements financiers avec les propriétaires d’immeubles, Bruno Koné annonce la mise en place prochaine d’une « inspection du contrôle ». Des contrôleurs pour contrôler les contrôleurs.

Le taux des édifices sans permis de construire frôlerait même les 90 %

« Les projets qui disposent de tous les documents légaux sont les gros programmes immobiliers, souvent de luxe, pour lesquels les banques exigent des garanties précises, des contrôles a priori et a posteriori. Pour les autres, dans la majorité des cas, rien n’est fait, même pas d’étude sur la qualité des sols », déplore Hamed Troaré, le directeur exécutif du Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics, le GIBTP. D’après lui, le taux des édifices sans permis de construire frôlerait même les 90 %.

Le ministre reconnaît des lenteurs et une opacité dans la délivrance du permis qui favorisent l’explosion de ces constructions illégales et dangereuses : « Nos concitoyens jugent souvent les démarches fastidieuses et reprochent un manque de transparence dans la procédure. Face à cela, nous devions, en tant qu’État, mettre en place des solutions. »

Celle d’un guichet unique, qui depuis 2019 réunit au même endroit tous les acteurs concernés, a été trouvée. « Cette solution permet de rendre le processus plus transparent, plus clair et de facilité l’accès aux informations, notamment au sujet des normes exigées, à tous les demandeurs. Autre avantage : réduire et uniformiser les coûts d’accès », expose le ministre. Le permis peut être délivré en vingt-et-un jours si le dossier ne requiert aucun arbitrage.

Des programmes de logements sociaux

Une initiative saluée par Hamed Traoré mais qui reste d’après lui insuffisante : « Certaines entreprises attendent leur permis depuis un an. Il faut passer à la vitesse supérieure en digitalisant les démarches et en associant plus étroitement l’ordre des architectes et des ingénieurs-conseils. »

Une digitalisation que le gouvernement a engagée dans le domaine du foncier urbain, problématique majeure à Abidjan, source de fraudes, de conflits et d’obstacles décuplés pour les prometteurs sérieux. « Ce projet de simplification et de transformation digitale a pris du retard en raison de la pandémie, mais c’est bon, une première équipe d’IGN FI, une entreprise française spécialisée dans l’exploitation des données cartographiques, est actuellement en Côte d’Ivoire », assure Bruno Koné.

Le ministre compte aujourd’hui sur l’engagement d’opérateurs internationaux pour sortir de terre 300 000 logements d’ici à cinq ans.

Si la nécessité s’impose de construire mieux afin d’éviter de nouveaux drames, celle de construire plus s’avère tout aussi nécessaire. Les besoins de logements sont immenses, estimés à 500 000 unités, un déficit structurel qui se creuse de 10 % chaque année. À Abidjan, environ 130 bidonvilles abritent aujourd’hui 1 million de personnes.

Les différents projets de logements sociaux ont pris un retard considérable. À ce jour, Abidjan n’offre que 17 000 logements sociaux pour plus de 5 millions d’habitants. « Depuis 2011, notre pays a eu tellement d’autres priorités que cet aspect n’a pas été complètement traité », admet Bruno Koné évoquant « une perte de crédit des populations pour ces projets ».

Le ministre compte aujourd’hui sur l’engagement d’opérateurs internationaux pour sortir de terre 300 000 logements d’ici à cinq ans. Le pays a d’ores et déjà sécurisé 2 000 hectares de réserves foncières mises à disposition de ces promoteurs. Reste une interrogation pour beaucoup d’Ivoiriens : comment garantir que ces logements bénéficient bien aux plus démunis ? Bruno Koné assure qu’il y veillera.


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