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BTP CÔTE D’IVOIRE- OUVERTURE DE L’EDITION 2026 DU SIA

BATIRICI.CI [ADONIS N’GUESSAN]

La 5e édition du Salon des infrastructures d’Abidjan (SIA), ouverte ce jeudi 17 septembre 2026 au Parc des Expositions d’Abidjan, place la digitalisation, l’économie circulaire et la gestion durable des ressources au cœur des mutations du secteur du BTP. Avec la Guinée comme pays invité d’honneur, les acteurs publics et privés ivoiriens et guinéens entendent surtout transformer les échanges en partenariats, en financements et en projets structurants.

Le décor est planté pour trois jours de réflexion, d’exposition et de rencontres d’affaires autour de l’avenir des infrastructures en Afrique. Organisée autour du thème « Digitalisation, économie circulaire et gestion durable des ressources dans le BTP », la 5e édition du Salon des infrastructures d’Abidjan veut dépasser le traditionnel cadre d’exposition pour s’affirmer comme une plateforme de mise en relation entre États, entreprises, investisseurs, experts et partenaires techniques et financiers. L’édition 2026 réunit environ 100 exposants et vise quelque 5 000 visiteurs professionnels.

Faire du SIA une plateforme stratégique

À l’ouverture du Salon, Ismaël Boga-N’Guessan, commissaire général du SIA, a rappelé la vocation de cette manifestation créée en 2014 : mettre en relation les acteurs qui concourent au développement des infrastructures et favoriser l’émergence de solutions adaptées aux nouveaux défis du secteur.Pour cette édition, cette ambition prend une dimension régionale avec la présence de la Guinée comme pays invité d’honneur. Expositions, rencontres B2B et B2G, conférences, partage d’expériences, formation et initiatives en faveur de la jeunesse doivent permettre de rapprocher les décideurs des entreprises et des investisseurs.

L’enjeu, selon le commissaire général, est de faire des infrastructures un véritable levier de développement économique et social, mais aussi un instrument d’intégration régionale.

Le BTP face à trois défis majeurs

Le président du Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics (GIBTP), Lamine Koné, a, lui, placé le secteur devant ses responsabilités. Pour lui, le BTP se trouve à la croisée de trois mutations majeures : numérique, écologique et économique. La digitalisation doit désormais s’inscrire dans toutes les étapes des projets, de la conception à l’exploitation. Le recours au BIM, à la maquette numérique, aux systèmes de suivi et aux outils de maintenance prédictive peut contribuer à mieux maîtriser les délais, les quantités, les coûts et la traçabilité des matériaux. Mais cette transformation ne saurait se limiter aux grandes entreprises. Lamine Koné a insisté sur la nécessité de permettre également aux PME d’accéder aux outils numériques et aux compétences nécessaires à leur appropriation.

Autre impératif .Passer d’un modèle fondé sur « construire, utiliser, démolir » à une logique davantage circulaire. Réemploi des matériaux, recyclage, valorisation des déchets issus des chantiers, recours aux ressources locales et conception d’ouvrages plus durables doivent progressivement s’intégrer dans les pratiques du secteur.

Transformer les relations économiques en opportunités

Dans le prolongement de cette réflexion, Ismaël Kéita, vice-président du patronat ivoirien, a mis l’accent sur la dimension économique et entrepreneuriale de la rencontre. La transformation du secteur des infrastructures passe également par une meilleure articulation entre les entreprises, les pouvoirs publics, les investisseurs et les institutions financières.

Cette approche prend une résonance particulière avec la présence de la Guinée. Après les échanges engagés entre les milieux d’affaires des deux pays, le SIA offre un nouveau cadre pour approfondir les contacts et identifier des possibilités de coopération dans les infrastructures, l’énergie, le logement et les secteurs connexes.L’ambition est ainsi de donner une traduction économique concrète aux relations entre les deux pays, en rapprochant les besoins d’investissement des capacités techniques et financières des entreprises.

Construire mieux et durablement

Pour Yacouba Hien Sié, ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier, la transformation du secteur suppose également un changement de méthode. Il ne s’agit plus seulement de construire, mais de concevoir des ouvrages capables de répondre durablement aux besoins des populations et aux contraintes environnementales. Son intervention a mis en avant les nouvelles possibilités offertes par le numérique, notamment l’intelligence artificielle, le BIM et les systèmes intelligents de suivi des infrastructures. Ces outils peuvent contribuer à améliorer la conception, le contrôle, la maintenance et la performance des ouvrages. Le ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer les connexions régionales. Dans cette perspective, les infrastructures reliant les ports, les zones économiques et les frontières constituent des éléments essentiels de la compétitivité et de l’intégration sous-régionale.

La Guinée veut passer des intentions aux réalisations

Pays invité d’honneur, la Guinée a donné à cette édition une forte dimension sous-régionale. Dans son intervention, le ministre guinéen des Infrastructures, Facinet Sylla, a inscrit la participation de son pays dans la dynamique de transformation portée par le programme Simandou 2040. L’objectif affiché est de transformer les ressources et les potentialités du pays en infrastructures, en emplois et en nouvelles opportunités économiques. Routes, plateformes logistiques, équipements structurants et infrastructures énergétiques doivent accompagner cette transformation. Le ministre guinéen a également insisté sur la place du secteur privé, les partenariats public-privé, le financement innovant, le transfert de compétences et le contenu local.Son message rejoint celui des acteurs ivoiriens L’heure est désormais à la concrétisation. La coopération entre les deux pays doit déboucher sur des projets, des investissements et des réalisations capables de renforcer les échanges économiques et la circulation des personnes et des biens.

Un secteur privé appelé à changer de rôle

Au nom du gouvernement ivoirien, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a donné une orientation particulièrement forte aux échanges en appelant à une évolution du rôle du secteur privé dans le financement et la réalisation des infrastructures.« Nous voulons que le secteur privé ne soit plus seulement exécutant des marchés publics », a-t-il déclaré, souhaitant le voir davantage intervenir comme concepteur, investisseur, financier, exploitant et partenaire de long terme de l’État.Cette orientation rejoint les ambitions affichées par le SIA .Faire de la rencontre un espace où les entreprises ne viennent pas seulement présenter leurs technologies, mais également identifier des partenaires, structurer des projets et rechercher des mécanismes de financement.Pour le Premier ministre, cette évolution est d’autant plus nécessaire que les besoins en infrastructures s’accroissent avec l’urbanisation, le développement économique et l’intensification des échanges régionaux.

De la rencontre aux projets

À travers les différentes interventions, une même préoccupation s’est dessinée .Faire évoluer le modèle de développement des infrastructures. Le numérique doit améliorer la conception et le suivi ; l’économie circulaire doit favoriser une utilisation plus rationnelle des matériaux ; la gestion durable doit inscrire les ouvrages dans le temps ; tandis que les partenariats public-privé doivent contribuer à mobiliser davantage de capitaux.

La présence de la Guinée donne à cette réflexion une dimension supplémentaire. Elle traduit la volonté de renforcer l’axe Abidjan-Conakry et de rapprocher les secteurs privés des deux pays. Les échanges engagés en juin 2026 entre le GIBTP et la Confédération générale des entreprises de Guinée avaient déjà posé les bases de cette coopération économique.

Au fond, le message porté par cette 5e édition est celui d’un changement d’échelle. Le SIA veut passer du salon où l’on expose au rendez-vous où l’on décide, finance et construit. Pour les organisateurs comme pour les autorités ivoiriennes et guinéennes, le véritable enjeu sera désormais de donner une suite concrète aux rencontres, afin que les idées échangées à Abidjan se transforment en partenariats, puis en infrastructures au service du développement régional.