Urbanisation : la Banque mondiale lance son rapport phare à Abidjan

Batirici

La Banque mondiale a présenté à Abidjan son rapport sur l’urbanisation en Afrique subsaharienne : infrastructures, foncier et emploi en priorité.

Urbanisation : la Banque mondiale lance son rapport phare à Abidja

 

Le 29 octobre 2026, Abidjan a accueilli la présentation du nouveau rapport de la Banque mondiale sur l’essor des villes d’Afrique subsaharienne. Le Premier ministre Robert Beugré Mambé en a profité pour défendre l’investissement urbain comme moteur de croissance. Le lendemain, il a reçu l’ancien maire de Bogota, Enrique Peñalosa, pour parler de l’Abidjan de demain.

 

Un rapport qui chiffre la vague urbaine

Intitulé « L’éveil urbain de l’Afrique subsaharienne : catalyser la croissance économique et la création d’emplois », le document a été rendu public le jeudi 29 octobre. Il a été présenté le même jour à Abidjan. Son constat de départ est démographique : la région devrait compter 748 millions de citadins supplémentaires entre 2025 et 2050.

 

Selon l’agence Xinhua, qui a couvert la présentation, la population urbaine subsaharienne est passée de 170 millions d’habitants en 1975 à 913 millions en 2025. Elle pourrait atteindre 1,7 milliard en 2050. Dans le même temps, environ 15 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. Les villes sont donc appelées à absorber l’essentiel de ces nouveaux actifs.

 

Le rapport s’intéresse aussi au réseau des villes intermédiaires : il en recense environ 15 000, de 5 000 à 50 000 habitants. Paschal Donohoe, directeur général de la Banque mondiale chargé des connaissances, rappelle qu’« une grande partie de l’infrastructure urbaine » du continent reste à construire. Pour le BTP, le message est clair : le gros du chantier est devant nous.

 

Les priorités recommandées

Les auteurs distinguent trois types de territoires. Pour les grandes villes, ils préconisent de créer des pôles d’emplois accessibles et d’investir dans les transports publics et dans un logement abordable et bien situé. Les règles d’occupation doivent aussi permettre aux entreprises et aux travailleurs de s’installer près des opportunités économiques.

 

En périphérie, la consigne est d’anticiper : tracer les réseaux de voirie et réserver le foncier des grands équipements avant que l’habitat spontané ne s’installe. Pour les villes intermédiaires, la Banque mondiale recommande des investissements sélectifs, en priorité sur les corridors de transport.

 

Le volet gouvernance insiste sur des collectivités mieux outillées, des financements prévisibles, l’usage d’outils numériques pour moderniser l’impôt foncier et des partenariats public-privé encadrés par des garde-fous de transparence.

 

La Côte d’Ivoire a franchi le cap des 50 %

Prenant la parole au nom du chef de l’État, Robert Beugré Mambé a souligné l’avance ivoirienne : « En Côte d’Ivoire, nous avons déjà franchi l’étape des 50 % », a-t-il déclaré, selon Ivoireactu. Il a situé ce chiffre dans une tendance continentale, avec un taux d’urbanisation africain passé de 14,3 % en 1950 à plus de 45 % aujourd’hui.

 

Le Premier ministre a placé ces enjeux dans le cadre du PND 2026-2030. Il a cité la poursuite des investissements dans les transports de masse, le métro d’Abidjan, le BRT et les voies de contournement. Pour la Banque mondiale, Marie-Chantal Uwanyiligira, directrice des opérations pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo, a toutefois noté que la croissance urbaine rapide ne se traduit pas encore par les gains de productivité attendus.

 

Enrique Peñalosa : réserver l’espace dès maintenant

Le vendredi 30 octobre, le Premier ministre a reçu à l’hôtel Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire Enrique Peñalosa, ancien maire de Bogota (Colombie), venu à Abidjan pour la présentation du rapport. Selon Koaci, les échanges ont porté sur une agglomération dont la superficie pourrait doubler, voire quadrupler, au cours des prochaines décennies.

 

L’ancien édile colombien a plaidé pour une planification précoce. Il recommande de réserver dès aujourd’hui les emprises des grandes voies, des milliers de kilomètres de cheminements piétons et des parcs de toutes tailles. Les métropoles anciennes, a-t-il rappelé, n’ont plus cette marge de manœuvre. « Abidjan peut devenir meilleure que n’importe quelle ville au monde », a-t-il assuré, selon Fraternité Matin.

 

Chiffres clés

748 millions de citadins supplémentaires attendus en Afrique subsaharienne entre 2025 et 2050

913 millions d’urbains en 2025, 1,7 milliard projetés en 2050 (Xinhua)

Environ 15 000 villes intermédiaires de 5 000 à 50 000 habitants

Plus de 50 % : taux d’urbanisation déjà atteint par la Côte d’Ivoire, selon le Premier ministre

Enjeux pour la filière

Le rapport conforte une demande durable en voirie, transports, assainissement et logements. Il met surtout l’accent sur l’anticipation foncière et la capacité des collectivités à financer et entretenir leurs équipements. Pour les entreprises, bureaux d’études et architectes ivoiriens, les marchés de planification (schémas directeurs, plans d’aménagement des périphéries) et de viabilisation devraient prendre de l’importance, en amont des grands chantiers.